Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Feu vert livre / BD

The Puppet Masters (1951)
Traduction du titre anglais : Les marionnettistes.
Titres français : Marionnettes humaines (1954), les maîtres du monde (1995).

Paru pour la 1ère fois dans les numéros de septembre à novembre 1951 de Galaxy Science-fiction ;
Paru en grand format le 10 octobre 1951 chez DOUBLEDAY US.
Traduit en français en avril 1954 par Alain Glatigny chez Hachette Le Rayon Fantastique,
Réédité chez Denoël Présence du Futur en novembre 1972, novembre 1979, juin 1984, mai 1995
Puis chez Gallimard Folio SF en septembre 2005 réédité en mars 2011.

Adapté plutôt fidèlement en film The Puppet Masters 1994.

De Robert Heinlein.

Pour adultes et adolescents.

(presse, invasion extraterrestre) Dans un futur proche où Manhattan n’est plus qu’un cratère, Sam Cavanaugh et sa sœur Mary débarquent avec leur oncle Charlie à Des Moines, Iowa, où ils s’apprennent à jouer les touristes irresponsables et surtout curieux. Ce sont en réalité des agents de la protection du territoire chargé d’enquêter sur la rumeur d’une soucoupe volante qui aurait atterri là-bas…

*

Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951

Le texte original de Robert Heinlein pour le magazine Galaxy Science-Fiction de septembre 1951 et DOUBLEDAY US

The Puppet Masters

For me it started too early on July 12, 2007, with my phone shrilling. The sort of phone my section uses is not standard; the audio relay was buried surgically under the skin back of my left ear—bone conduction, and skull lifting.

“All right,” I growled. “I hear you. Shut off that damned noise.”
“Emergency,” a voice said in my ear. “Report in person to the Old Man. At once.”

“Moving,” I acknowledged and sat up with a jerk that hurt my eyeballs. I went into the bath, injected a grain of “Gyro” into my arm, then let the vibro exercise machine shake me apart while the drug put me together, or at least a good mockup of one, and got my jacket.

There is one thing no head of a country can know and that is: how good is his intelligence system? He finds out only by having it fail him. Hence our section. Security suspenders and belt, you might say. United Nations had never heard of us, nor had Central Intelligence—I think. All I really knew about us was the training I had received and the jobs the Old Man sent me on. Interesting jobs if you don’y care where you sleep, what you eat, nor how long you live. If I had had any sense, I’d have quit and taken a regular job.


The only trouble with that would be that I wouldn’t have been working for the Old Man any longer. That made the difference.

Not that he was a soft boss. He was capable of saying, « Boys, we need to fertilize this tree. Jump in that hole at its base and I’ll cover you up.”


We’d have done it. Any of us would. And the Old Man would bury us alive, too, if he thought there was a 53% probability that it was the Tree of Liberty he was nourishing.

He got up and limped toward me as I came into our section offices through a washroom booth in MacArthur Station. His face split in a wicked smile. His big hairless skull and his strong Roman nose made hum look like a cross between Satan and Punch’s Judy. “Welcome, Sam,” he said. “Sorry to get you out of bed.”


The deuce he was sorry ! « I was on leave, » I answered shortly.
“Ah, but you still are. We’re going on a vacation.”
“So my name is ‘Sam’,” I answered deliberately ignoring his “vacation” crack. “What’s my last name?”
“Cavanaugh. And I’m your Uncle Charlie—Charles M. Cavanaugh, retired. Meet your sister Mary.”

I had been aware that there was another person in the room, but when the Old Man is present, he gets full attention as long as he wants it. Now I looked over my “sister” and then looked her over again. It was worth it.

I could see why he had set us up as brother and sister if we were to do a job together; it would give him a trouble-free pattern. An indoctrinated agent can’t break his assumed character any more than a professional actor can intentionally muff his lines. So this one I must treat as my sister—a dirty trick if I ever met one…

*

La traduction au plus proche

Les marionnettistes

Pour moi, cela a commencé trop tôt, le 12 juillet 2007, avec la stridulation de mon téléphone. Le type de téléphone utilisé par ma section n'est pas standard ; le relais audio a été enfoui chirurgicalement sous la peau à l'arrière de mon oreille gauche — conduction osseuse, et soulèvement du crâne.

« Très bien, je grognai. Je vous entends. Arrêtez ce foutu bruit. »
« Urgence", dit une voix dans mon oreille. Présentez-vous en personne au Vieux. Tout de suite. »
« En mouvement, je confirmai, et je me redressai d'un coup sec qui me fit mal aux globes oculaires. J’allai dans la salle de bain, j’injectai un grain de Gyro dans mon bras, puis je laissai l'appareil d'exercice vibrant me secouer pendant que le médicament me reconstituait, ou du moins un bon semblant, et je pris ma veste.

Il y a une chose qu'aucun dirigeant d’un pays ne peut savoir, c'est la qualité de son système de renseignement. Il ne le découvre qu'en le voyant échouer. D'où notre section. Les bretelles et la ceinture de sécurité, pourrait-on dire. Les Nations Unies n'avaient jamais entendu parler de nous, ni la CIA, je crois. Tout ce que je savais vraiment de nous, c'était la formation que j'avais reçue et les missions que le Vieux m'avait confiées. Des missions intéressantes si vous ne vous souciez pas de l'endroit où vous dormez, de ce que vous mangez, ni de la durée de votre vie. Si j'avais eu un peu de bon sens, j'aurais démissionné et pris un travail normal.


Le seul problème, c'est que je n'aurais plus travaillé pour le Vieux. C'est ce qui fait la différence.

Ce n'est pas qu'il était un patron mou. Il était capable de dire : « Les gars, il faut fertiliser cet arbre. Sautez dans ce trou à sa base et je vous couvrirai. »


On l'aurait fait. N'importe lequel d'entre nous l'aurait fait. Et le vieil homme nous aurait enterrés vivants, aussi, s'il pensait qu'il y avait une probabilité de 53% que ce soit l'Arbre de la Liberté qu'il nourrissait.

Il se leva et boita vers moi alors que j'entrais dans les bureaux de notre section par une cabine de toilettes de la station MacArthur. Son visage se fendit d'un sourire malicieux. Son gros crâne glabre et son nez romain lui donnaient l'air d'un croisement entre Satan et Guignol. « Bienvenue, Sam, dit-il. Désolé de te sortir du lit. »

Bon sang, il était désolé ! « J'étais en congé, ai-je répondu brièvement.
— Ah, mais vous l'êtes toujours. Nous partons en vacances.
— Alors je m'appelle 'Sam', ai-je répondu en ignorant délibérément sa plaisanterie sur les ‘vacances’. Quel est mon nom de famille ?
— Cavanaugh. Et je suis ton oncle Charlie-Charles M. Cavanaugh, retraité. Je te présente ta soeur Mary. »

J'avais été conscient qu'il y avait une autre personne dans la pièce, mais quand le Vieux est présent, il obtient toute l'attention tant qu'il le veut. J'ai donc regardé ma ‘sœur’, puis je l'ai regardée à nouveau. Cela en valait la peine.

Je pouvais voir pourquoi il nous avait établis comme frère et sœur si nous devions faire un travail ensemble ; cela lui donnerait un tableau sans problème. Un agent endoctriné ne peut pas briser son personnage supposé, pas plus qu'un acteur professionnel ne peut intentionnellement bâcler son texte. Je dois donc traiter celui-ci comme ma sœur — un sale tour dans le genre, et je m’y connaissais...

*

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La traduction française de Alain Glatiny de 1954, pour le Rayon Fantastique Hachette, Denoël Présence du Futur 1972, 1979, 1984, 1995, Gallimard Folio SF 2005 et 2011 :

CHAPITRE I

Etaient-ils vraiment doués d’intelligence ? d’une intelligence personnelle, tout au moins ? Je n’en sais rien. Je ne sais pas non plus si nous pourrons jamais arriver à le déterminer.

Ce que je puis dire c’est que, s’ils ne l’étaient pas, j’espère ne jamais voir le jour où nous devrons entrer en lutte contre des êtres similaires qui, eux, le seraient ! Je connais d’avance les perdants : moi, vous, bref, ceux que l’on appelle les humains.

En ce qui me concerne, l’aventure a commencé (trop tôt à mon gré !) le matin du 12 juillet 2007. Mon téléphone s’était mis à vibrer à m’en arracher la peau du crâne. Il faut dire que les téléphones dont on se sert à la Section ne sont pas d’un modèle standard : l’audiorelais est inséré chirurgicalement sous la peau derrière l’oreille gauche, les os jouant le rôle de conducteurs. Je me tâtai machinement avant de me rappeler que j’avais laissé ce que je cherchais dans mon veston, à l’autre bout de la pièce.

« Ça va, grommelai-je, j’ai entendu. Pas la peine de faire un tel boucan.
— Appel urgent, dit une voix dans mon oreille. Venez immédiatement au rapport ! »
Je lui dis sans ambages ce que je lui conseillais de faire de son appel urgent.
« Le Patron attend », insista la voix.

Cela changeait l’aspect de la question. « On y va », dis-je en me rasseyant avec une secousse qui me fit affreusement mal derrière les yeux. Je passai dans ma salle de bains, m’injectai un centigramme de « gyro », et confiai au vibro-masseur le soin de me disloquer les membres pendant que la drogue me les remettait en place. Quand je sortis de là, j’étais un homme nouveau, ou du moins quelque chose qui y ressemblait vaguement. J’enfilai mon veston, et sortis de chez moi.

Je pénétrai dans les bureaux de la Section par un lavabo de la gare Mac Arthur. Notre adresse ne figure pas dans l’annuaire du téléphone. A vrai dire nous n’avons pas d’adresse. Tout ce qui nous concerne est une espèce d’illusion d’optique. On peut aussi arriver chez nous par une petite boutique dont l’enseigne porte l’inscription « Timbres et monnaies anciennes ». N’essayez pas non plus de passer par là. Tout ce que vous y gagneriez serait de vous faire vendre un Bonne-Espérance triangulaire.

A vrai dire, il vaut mieux ne pas essayer du tout. Je vous répète que nous n’existons pas.

Il y a une chose qu’aucun chef d’Etat ne peut savoir : c’est la valeur de son service de renseignements. Il ne l’apprend que par les échecs de ce dernier. C’est justement la raison d’être de notre Section. Nous tenons lieu de cadre et de soutien aux autres sections du Service secret. Les Nations Unies n’ont jamais entendu parler de nous ; le Service central de renseignements non plus — du moins, je le crois. Tout ce que je connais moi-même de nos activités, c’est l’entrainement que j’ai reçu et les missions que me confie le Patron. Ce sont des missions intéressantes d’ailleurs, à condition de ne pas se soucier de l’endroit où l’on mange et où l’on dort, ni de ce que l’on mange, ni de l’âge auquel on mourra. Si j’avais deux sous de bon sens, j’aurais depuis longtemps démissionné et cherché du travail ailleurs.

Seulement dans ce cas, je n’aurais plus travaillé sous les ordres du Patron, et ça, c’est quelque chose qui compte !

Oh ! n’allez pas vous imaginer que le Patron soit un chef coulant ! Il serait capable de vous dire à l’improviste ! « Mes enfants, voilà un chêne qui manque d’engrais. Vous voyez ce trou qui est au pied ? Sautez dedans et je le reboucherai ! »
Nous l’aurions fait. Chacun de nous l’aurait fait sans hésiter.

Le Patron aussi, du reste, s’il avait pensé qu’il y eût seulement cinquante-trois chances sur cent pour que l’opération sauvât le pays d’une catastrophe. Il se leva en me voyant entrer, et s’avança vers moi en boitillant. Un sourire malicieux lui retroussait les lèvres.

Avec son grand crâne chauve et son nez busqué, il avait l’air moitié démon, moitié polichinelle.
« Bonjour, Sam, me dit-il. Je regrette bien de t'avoir tiré du lit. »
Vous pensez comme je l’ai cru !

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.

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