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- Écrit par David Sicé

Ici la page amazon.fr du roman grand format La Saga de Zeï (collection Trésors de la S-F)
The Search For Zei (1950)
Traduction du titre original : à la recherche de Zei.
Autres titres : The Floating Continent (le continent flottant) ; Hand Of Zei part 1 (la main de Zei) ; Viagens Interplanetarias (cycle) ; Krishna 2 (serie).
Sorti aux USA de octobre 1950 à janvier 1951 dans le magazine Astounding Science Fiction.
Sorti aux USA en 1963 chez ACE BOOKS (poche, les deux parties Search For Zei et Hand of Zei imprimées dos à dos).
Sorti en France en 1971 chez OPTA (Galaxie Bis numéro 22/88, traduction de Michel Rivelin)
Sorti en France le 30 octobre 1975 chez LE MASQUE FR (traduction de Michel Rivelin)
Sorti en France le 9 juillet 2009 chez BRAGELONNE (trésor de la SF, traduction de Michel Rivelin et Collin Delavaud)
De L. Sprague de Camp (Lyon Sprague de Camp).
Résumé à venir.






***

(traduction au plus proche, la version 1962)
Dirk Barnevlelt voûta son grand corps aux allures de Caribou sur sa machine à écrire et rédigea:
A vingt-cinq degrés nord de l'équateur sur la planète Krishna s'étend la Mer Benjao,le plus grand volume d'eau sur cette planète. Et dans cette Mer se trouve le Sungar, le pays de légende et de mystère.
Là-bas, sous les rayons torride du soleil brûlant haut, les galères crochues de Dour et les vaisseaux de charge ventrus de Jaz-Mourien pourrissaient lentement prises au piège implacable d'un vaste continent de liane marine Terpahla. Même les violents orages subtropicaux Krishniens ne faisaient guère plus qu’ébouriffer la surface de cet immense marécage flottant - lequel, quoi qu'il en soit, parfois se soulevait et crevait sous les coups de l'affreuse vie marine de la planète, tel le Gvam, ou Harponneur.
Barnevelt se renfonça dans son siège pour se demander: cela faisait deux années qu'il écrivait au sujet des lieux que Igor Shtain avait exploré; verrait-il jamais un seul d'entre eux? Si sa mère mourrait... Mais c'était peu probable. Avec la gériatrie moderne, elle pourrait tenir bon un siècle de plus. Il avait encore un arrière-arrière grand-père en vie aux Pays-Bas. Par ailleurs, il réalisa, avec mauvaise conscience, que ce n'était pas une façon de penser à sa mère. Il reprit :
Rien, une fois pris dans cette toile d'araignée d'algues folles, ne pouvait s'en échapper, à moins de pouvoir s'envoler...
***

(texte original, la version de 1962)
Dirk Barnevelt hunched his mooselike form over his typewriter and wrote:
Twenty-five degrees north of the equator on the planet Krishna lies the Banjao Sea, the largest body of water on this planet. And in this Sea is found the Sunqar, home of legend and mystery.
Here under the scorching rays of the hot high sun, the beaked galleys of Dur and the tubby roundships of Jaz-murian slowly rot in the unbreakable grip of a vast floating continent of the terpahla sea vine. Even the violent storms of the Krishnan sub-tropics no more than ruffle the surface of this immense floating swamp— which, however, sometimes heaves and bubbles with the terrible sea life of the planet, such as the gvam or harpooner.
Barnevelt sat back to wonder: For a couple of years he'd been writing about the places that Igor Shtain explored; would he ever see any of them? If his mother died… But that was unlikely. With modern geriatrics she'd be good for another century. He still had a great-great-grandfather alive in the Netherlands. Besides, he thought guiltily, that was no way to think about one's mother. He resumed:
Nothing, once caught in this web of weed, can escape unless it can fly like the aqebats that wing over from the mainland to prey on the smaller sea life of the Sunqar. Here time means nothing; nothing exists save silence and heat and the stench of the strangling vine.
At least, thought Barnevelt, this hack writing was better than trying—as he had once tried—to ram the glories of English literature down the unwilling throats of rural adolescents with only two interests: sex, and escape from the toils of the public school system.
To the heart of this forbidding place Igor Shtain, most celebrated of living explorers, plans to penetrate on his forthcoming Krishnan expedition, to clear up once and for all the sinister rumors that for years have issued from this undiscovered country.
***
(Traduction de Michel Rivelin)
1
Dirk Barnevelt enleva la housse de sa machine à écrire et se mit au travail :
A quelque vingt-cinq degrés au nord de l'équateur de Krishna s'étend la Mer Banjao, la plus grande étendue d'eau de la planète. Là se cache le Sunqar, empire de légende et de mystère. Sous les rayons torrides de Roqir pourrissent lentement les galères pointues de Dur et les trirêmes ventrues de Jazmurian, prises dans l'étreinte impitoyable de ce vaste continent flottant, mi-aquatique, mi-végétal.
Même les violents orages qui sévissent dans cette partie de la planète arrivent à peine à rider la surface de cet immense marécage glauque. Pourtant, parfois, apparaît un bouillonnement sinistre qui révèle la présence des monstres qui règnent en maîtres incontestés des profondeurs, le plus redoutable étant le gvàm, autrement appelé le harponneur.
Barnevelt s'adossa confortablement contre son siège et laissa errer son imagination : il y avait déjà deux ans qu'il décrivait laborieusement les endroits explorés par Igor Shtain; les verrait-il un jour? Peut-être si sa mère mourait... Mais cela était peu probable. Grâce aux progrès de la gériatrie moderne, elle pouvait tenir le coup pendant encore un siècle. Son arrière-arrière grand-père, qui habitait les Pays-Bas, était bien vivant. Et puis, pensa-t-il coupablement, ce n'est pas ainsi qu'un homme doit penser à sa mère. Il reprit son récit:
Rien, une fois pris dans cette toile d'herbes et de racines, ne peut s'en échapper. Seul ce qui vole...
***

(traduction au plus proche, la version magazine de 1950)
Dirk Barnevlelt voûta son grand corps aux allures de Caribou sur sa machine à écrire et rédigea:
A vingt-cinq degrés nord de l'équateur sur la planète Krishna s'étend la Mer Benjao, le plus grand volume d'eau sur cette planète. Et dans cette mer se trouve le Sungar, le pays de légende et de mystère.
Là-bas, sous les rayons torride du soleil brûlant haut, les galères crochues de Dour et les vaisseaux de charge ventrus de Jaz-Mourien pourrissaient lentement prises au piège implacable d'un vaste continent de liane marine Terpahla. Même les violents orages subtropicaux Krishniens ne faisaient guère plus qu’ébouriffer la surface de cet immense marécage flottant - lequel, quoi qu'il en soit, parfois se soulevait et crevait sous les coups de l'affreuse vie marine de la planète, tel le Gvàm, ou Harponneur.
Barnevelt se renfonça dans son siège pour se demander: cela faisait deux années qu'il écrivait au sujet des lieux que Igor Shtain avait exploré; verrait-il jamais un seul d'entre eux? Si sa mère mourrait - Mais c'était peu probable. Avec la gériatrie moderne, elle pourrait tenir bon un siècle de plus. Il avait encore un arrière-arrière grand-père en vie aux Pays-Bas. Par ailleurs, il réalisa, avec mauvaise conscience, que ce n'était pas une façon de penser à sa mère. Il reprit :
Rien, une fois pris dans cette toile d'araignée d'algues folles, ne pouvait s'en échapper, à moins de pouvoir s'envoler...
***

(texte original, la version de 1950)
Dirk Barnevelt hunched his mooselike form over his typewriter and wrote:
Twenty-five degrees north of the equator on the planet Krishna lies the Banjao Sea, the largest body of water on this planet. And in this sea is found the Sunqar, home of legend and mystery.
Here under the scorching rays of the hot high sun, the beaked galleys of Dur and the tubby roundships of Jaz-murian slowly rot in the unbreakable grip of a vast floating continent of the terpahla sea vine. Even the violent storms of the Krishnan sub-tropics no more than ruffle the surface of this immense floating swamp— which, however, sometimes heaves and bubbles with the terrible sea life of the planet, such as the gvàm or harpooner.
Barnevelt sat back to wonder: For a couple of years he'd been writing about the places Shtain explored; would he ever see any of them? If his mother died - But that was unlikely. With modern geriatrics she'd be good for another century. He still had a great-great-grandfather alive in the Netherlands. Besides, he thought guiltily, that was no way to think about one's mother. He resumed:
Nothing, once caught in this web of weed, can escape unless it can fly like the aqebats that wing over from the mainland to prey on the smaller sea life of the Sunqar. Here time means nothing; nothing exists save silence and haze and heat and the stench of the strangling vine.
At least, thought Barnevelt, this hack writing was better than trying—as he had once tried—to ram the glories of English literature down the unwilling throats of rural adolescents with only two interests: sex, and escape from the toils of the public school system.
To the heart of this forbidding place Igor Shtain, most celebrated of living explorers, plans to penetrate on his forthcoming Krishnan expedition, to clear up once and for all the sinister rumors that for years have issued from this undiscovered country.
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- Écrit par David Sicé

Time & Again (1950)
Sorti sous au moins trois titres différents anglais et deux titres français.
Ne pas confondre avec le roman de 1970 de Jack Finney, la nouvelle de 1977 de Breece D'J Pancake, l’épisode Star Trek Voyager S01E04 de 1995, le film américain de 2007, le film de 2019.
Sorti sous le titre Time Quarry, (la carrière du Temps) de octobre à décembre 1950 dans le magazine Galaxy Science-fiction US.
Traduit anonymement en français en novembre 1953 à mars 1954 sous le titre Dans le torrent des siècles dans le magazine français Galaxie.
Réédité en 1962 sous le titre De temps à autres par A. Yeurre (je suppose un pseudonyme pour éviter de mentionner que la traduction est anonyme) pour Hachette / Le Rayon Fantastique.
Retraduit en français par Georges H. Gallet en 1973 pour J’ai Lu (poche), réédité en 1975 et 1984 ; réédité en août 1990 et mars 1993 chez J’ai Lu ; réédité en novembre 2000 chez J’ai Lu.
Compilé dans Les Mines du Temps (en anglais The Time Quarries) en février 2004 chez Omnibus.
De Clifford Simak.
Pour adultes et adolescents.
(Space Opera, voyage dans le temps, presse) Alors que les humains contrôlent la galaxie grâce aux androïdes, Asher Sutton, un explorateur de l'espace, est parti en mission de reconnaissance sur un monde extraterrestre que personne n'a pu jusqu'alors approcher. Vingt années ont passé, plus personne sur Terre n'attend son retour. Un inconnu, prétendant venir du futur, informe le chef de la sûreté qu'un certain Asher Sutton sera de retour sur Terre tel jour et qu'il faudra absolument le tuer.
*
Le texte original de Clifford Simak pour le magazine Galaxy Science-fiction d’octobre 1950.
One life should be enough to give for humanity… but humanity wanted Asher Sutton to keep making the sacrifice indefinitely!
THE man came out of the twilight when the greenish-yellow of the sun’s last glow still lingered in the west. He paused at the edge of the patio and called.
« Mr. Adams, is that you? »
The chair creaked as Christopher adams shifted his weight, startled by the voice. Then he remembered. A new neighbor had moved in across the meadow a day or two ago. Jonathon had told him . . . and Jonathon knew all the gossip within a hundred miles. Human gossip as well as android and robot gossip.
“Come on in,” said Adams. “Glad you dropped around.”
He hoped his voice sounded as hearty and neighborly as he had try to make it. For he wasn’t glad. He was a little nettled, upset by this sudden shadow that came out of the twilight and walked across the patio.
This is my hour, he thought angrily. The one hour I give myself. The hour that I forget . . . forget the thousand problems that have to do with other star systems. Forget them and turn back to the green-blackness and the hush and the subtle sunset shadow-show that belong to my own-planet. For here on this patio, there are no mentophone reports, no robot files, no galactic co-ordination conferences . . . no psychological intrigue, no alien reaction charts. Nothing complicated or mysterious.
With half his mind, he knew the stranger had come across the patio and was reaching out a hand for a chair to sit in; and with the other half, once again, he wondered about the blackened bodies lying on the river bank on far-off Aldebaran XII and the twisted machine that was wrapped around the tree.
Three humans had died here . . . three humans and two androids, and androids were almost human, different only in that they were manufactured instead of born. And humans must not die by violence unless it be by the violence of another human. Even then it must be on the field of honor, with all the formality and technicality of the code duello, or in the less polished affairs of revenge or execution.
*
La traduction au plus proche.
Une seule vie devrait suffire pour l'humanité... mais l'humanité voulait qu'Asher Sutton continue à se sacrifier indéfiniment !
L'homme sortit du crépuscule alors que le jaune verdâtre de la dernière lueur du soleil s'attardait encore à l'ouest. Il s'arrêta au bord du patio et appela.
« M. Adams, c'est vous ? »
La chaise grince tandis que Christopher Adams se déplace, surpris par la voix. Puis il se souvint. Un nouveau voisin avait emménagé de l'autre côté de la prairie il y a un jour ou deux. Jonathon le lui avait dit... et Jonathon connaissait tous les potins dans un rayon de cent miles. Les ragots humains, mais aussi ceux des androïdes et des robots.
"Entrez", dit Adams. "Content que vous soyez passé dans le coin".
Il espérait que sa voix était aussi chaleureuse et voisine qu'il avait essayé de le faire. Car il n'était pas content. Il était un peu déconcerté, dérangé par cette ombre soudaine qui sortait du crépuscule et traversait son patio.
C'est mon heure, il pensa avec colère. L'heure que je m'accorde. L'heure où j'oublie... ... j’oublie les milliers de problèmes qui concernent les autres systèmes stellaires. Je les oublie et m’en retourne à l’obscurité verte, au silence, et aux subtils jeux d'ombres du coucher de soleil qui appartiennent à ma planète à moi. Car ici, sur ce patio, il n'y a pas de rapports mentophoniques, pas de dossiers robotisés, pas de conférences de coordination galactique. Il n'y a pas d'intrigues psychologiques, pas de diagrammes de réactions extraterrestres. Rien de compliqué ou de mystérieux.
Avec la moitié de son esprit, il savait que l'étranger avait traversé le patio et tendait la main pour s'asseoir sur une chaise ; et avec l'autre moitié, une fois de plus, il s'interrogeait sur les corps noircis qui gisaient sur la rive d’un fleuve sur la lointaine Aldebaran XII, et sur la machine tordue qui s'enroulait autour de l'arbre.
Trois humains étaient morts là-bas. Trois humains et deux androïdes, et les androïdes étaient presque humains, différents seulement en ce qu'ils étaient fabriqués au lieu d'être nés. Et les humains ne doivent pas mourir par la violence, à moins que ce ne soit par la violence d'un autre humain. Et même dans ce cas, ce doit être sur le champ d'honneur, avec tout le formel et la procédure du codex duello*, (NDT : je corrige la citation en latin médiéval, traduction : le code dans l’intérêt du duel) ou dans les affaires moins polies de la vengeance ou de l'exécution.
*

La traduction anonyme de novembre 1953 pour le magazine français Galaxie.
On était au crépuscule. Les dernières lueurs du soleil, disparru à l’ouest, étaient encore orangées. Et alors, apparut la silhouette humaine. Elle s’arrêta à l’entrée de la cour dallée, appela :
— Monsieur Adams… vous êtes là ?
Le fauteuil gémit sous le poids de Christopher Adams avant qu’il ne se levât brusquement. Il avait tressailli. Puis il se souvint. Jonathan lui avait parlé de l’inconnu, installé depuis peu dans le secteur qui s’étendait au-delà des vastes pelouses. Ce Jonathan était au courant de tout, il connaissait les cancans à cent milles à la ronde, aussi bien ceux des hommes que des androïdes et des robots. Adams articula :
— Entrez… Enchanté, monsieur.
Mais sa voix était mal assurée, son ton affecté. Car en réalité, il n’était pas enchanté du tout. Il éprouvait de l’agacement, voire un malaise confus, de la présence d’un individu, dans l’ombre.
Ce moment de la journée représentait pour Adams, l’heure d’oubli. Oubli des milliers de problèmes ayant trait aux systèmes planétaires, stellaires et autres. L’heure où il aimait ramener son regard autour de lui, penser à tout ce que représentait sa propre planète, savourer le calme des frondaisons dont le vert devenait sombre… Contempler les teintes délicates du coucher du soleil.
Car là, dans la cour dallée, il n’y avait pas de communications transmises par mentophone, pas de robots, pas de conférences galactiques — on disait aussi galaxiques ou galaxiennes — pas d’intrigues psychologiques, pas de rapports plus ou moins ennuyeux sur le comportement de quelque étoile ou planète étrangère ou hostile.
En un mot, rien de mystérieux, rien qui ne fût compliqué.
Une moitié de son cerveau enregistra l’arrivée de l’inconnu s’apprêtant à s’installer dans un fauteuil, cependant que l’autre s’emplissait, une fois de plus, de la pensée de ces cadavres noircis gisant sur la berge du fleuve, dans le lointain Aldebarran-XII, et de la machine volante aux débris tordus et enroulés autour du tronc d’arbre.
Cinq victimes, dont trois Humains et deux Androïdes. Les Androïdes étaient presque des Humains, puisqu’ils en avaient l’apparence, puisqu’ils étaient de chair, d’os et de sang… Mais ils étaient d’origine chimique et non biologique. On les fabriquait en usine, il ne naissaient pas et ne subissaient aucune des phases de croissance propres aux Humains.
Le trépas de ces derniers était beaucoup plus grave. La loi interdisait leur mort violente, à moins d’être provoquée par un autre humain. Et même, dans ce cas, ce ne pouvait être que dans un combat d’honneur dûment réglementé par le code du duel… Ou au pis aller, lors d’une vengeance ou d’une exécution.
*




La traduction française de Georges H. Gallet pour J’ai Lu.
1
L’homme surgit du crépuscule alors que la dernière lueur jaune-vert du soleil s’attardait encore à l’ouest. Il s’arrêta au bord du patio et appela :
— Mr Adams, vous êtes là ?
Le fauteuil craqua quand Christopher Adams sursauta, surpris parla voix. Puis il se souvint. Un nouveau voisin était venu s’installer de l’autre côté de la prairie, depuis un jour ou deux. Jonathon le lui avait dit… et Jonathon était au courant de tout à cent cinquante kilomètres à la ronde. De tout ce que disaient les hommes, les androïdes et les robots.
— Entrez donc, dit Adams. Vous êtes le bienvenu.
Il espéra que sa voix était aussi cordiale et aussi aimable qu’il le souhaitait.
En fait il n’était pas content. Il était même un peu irrité, troublé par cette silhouette soudaine qui surgissait du crépuscule et traversait le patio.
Il passa mentalement la main sur son front.
C’est mon heure, se dit-il. L’heure que je me donne. L’heure où j’oublie… où j’oublie les mille problèmes qui concernent d’autres étoiles. Où je les oublie et me tourne vers l’obscurité verte et le silence et les jeux d’ombres subtils du coucher du soleil qui appartiennent à ma propre planète.
Car ici, dans ce patio, il n’y a pas de rapports par mentophone, pas de classeurs robots, pas de conférences de coordination galactique… pas d’intrigues psychologiques, pas de courbes de réactions des extraterrestres ; rien de compliqué ni de mystérieux… Quoique je puisse me tromper, car il y avait du mystère ici, un mystère feutré, paisible, que l’on peut comprendre et qui ne reste mystérieux que parce que je le veux ainsi. Le mystère de l’engoulevent dans le ciel qui s’assombrit, l’énigme de la luciole dans la baie de lilas.
Une moitié de son cerveau savait que l’étranger avait traversé le patio et qu’il tendait la main vers un fauteuil pour s’y asseoir, tandis que l’autre moitié s’interrogeait de nouveau sur ces corps carbonisés qui gisaient au bord du fleuve, sur la lointaine planète Aldébaran XII, et sur cette machine tordue, enroulée autour d’un arbre.
Trois êtres humains étaient morts là-bas... trois humains et deux androïdes, et les androïdes étaient presque des humains. Et les humains ne devaient pas mourir par la violence, à moins que cela ne fût par la violence d’un autre humain. Et même alors, ce devait être pour une affaire d’honneur avec toutes les formes et les règles du code du duel ou dans les affaires moins raffinées de vengeance ou d’exécution.
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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.
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- Écrit par David Sicé


Rashomon (1950)
Traduction du titre original : la porte des démons.
Sorti au Japon le 25 août 1950.
Sorti aux USA le 26 septembre 1951.
Sorti en France le 18 avril 1952.
Sorti en blu-ray allemand TRIGON le 28 février 2012.
Sorti en blu-ray américain CRITERION le 6 novembre 2012.
Sorti en blu-ray anglais BFI le 21 septembre 2015.
Annoncé en blu-ray espagnol pour le 21 septembre 2021.
Annoncé en blu-ray 4K français pour le 4 janvier 2022.
De Akira Kurosawa (également scénariste), sur un scénario de Shinobu Hashimoto, d'après la nouvelle de 1922 "dans un bosquet" de Ryūnosuke Akutagawa. Avec Toshiro Mifune, Machiko Kyō, Masayuki Mori, Takashi Shimura, Minoru Chiaki.
Pour adultes et adolescents.
(fantastique) Un portail de bois, la Porte des Démons selon l’inscription peinte, d’un palais sous une pluie drue. L’eau ruisselle sur les marches de pierre et rejoint la route transformée en torrent de pierre. Les colonnes du portail sont fendillées. De fait, il n’y a que l’entrée du palais qui est intact, tout le reste de la maison s’est écroulé. Deux hommes, un barbu hagard et un plus jeune barbichu attendent assis en haut des marches, sous le porche, à l’abri de la pluie. Le barbu hagard répète qu’il ne comprend pas. Leurs vêtements sont en lambeaux.
Un troisième homme les rejoint après avoir traversé en courant l’eau, la chemise déchirée, et se retourne quand il entend le barbu répéter à nouveau qu’il ne comprend pas, ne comprend rien. Ce troisième homme s’approche, s’assoit sur la même poutre, et demande pourquoi, tandis que le plus jeune garde les yeux baissés. Le barbu répond, le regard fixe, qu’il n’a jamais entendu une histoire aussi étrange. Le nouveau venu insiste : alors pourquoi il ne la raconte pas ? Vu qu’en plus il se trouve qu’ils ont un sage prêtre avec eux – le jeune barbichu qui s’obstine à garder les yeux baissés.
Le jeune prêtre lève enfin les yeux et se tourne pour répondre : non, même le plus renommé des sages prêtres du temple de Kiyomizu n’aura entendu une histoire aussi étrange que celle-ci. Le troisième homme s’étonne : alors le prêtre connaîtrait l’histoire étrange lui aussi ? Le jeune prêtre répond que le vieil homme et lui-même viennent juste de la voir et de l’entendre en personne. Le troisième homme demande où. Le prêtre répond, dans les jardins du palais de justice. Le troisième homme s’étonne : du palais de justice ? Le prêtre soupire et détourne les yeux : un homme a été assassiné.
Le troisième homme sourit : seulement un ? et alors ? Rien qu’en haut de ce portail, on peut trouver pas moins de cinq ou six cadavres non réclamés. Le troisième homme retire sa chemise détrempée. Le prêtre l’admet : en effet, les guerres, les tremblements de terre, les tempêtes, les incendies, les famines, les pestes… année après année, rien d’autres que des catastrophes ; et des bandits qui nous tombent dessus chaque nuit — il a vu tant d’hommes tués comme des insectes, et pourtant il n’a jamais entendu d’histoire aussi horrible que celle-ci. Puis le jeune prêtre regarde le barbu et à nouveau dans le vide, et réalise à voix haute que cette fois il pourrait définitivement perdre sa foi en l’âme humaine. C’est pire que les bandits, les pestes, les famines, les incendies, ou les guerres.
Le troisième homme interrompt le jeune prêtre : assez de sermon, l’histoire semble intéressante, au moins tant qu’il sera à l’abri de la pluie, mais si c’est un sermon il préfère encore écouter la pluie tomber. Puis il va arracher deux planches à la façade et les brise en petits morceaux. Le vieux barbu se lève et déclare que peut-être que l’autre saura comprendre, parce que lui ne comprend aucun des trois. Le troisième homme demande au barbu quels trois. Le barbu s’accroupit : il va le lui dire.
Le vieux barbu commence alors son récit : c’était il y a trois jours. il était allé ce matin-là dans la forêt chercher du bois, marchant sa hache sur son épaule, franchissant assuré les obstacles et les détours tandis que le soleil brillait à travers les branches dans un ciel avec peu de nuages. Plus il avance, plus il écarte des branches, quand soudain il tombe en arrêt sur un chapeau de femme riche et le voile posé sur une branche. Il touche le voile, reprend la route, plus circonspect. Alors il tombe sur un bonnet de samouraï abandonné à terre, il la ramasse. Il fait encore quelque pas et tombe sur une corde. Plus loin, il y a petit sac blanc abandonné sur les feuilles -- une amulette. Il va pour la chercher et voit alors un cadavre d’homme, les bras en l’air saisis par la rigidité cadavérique. Le paysan pousse un hurlement et prend la fuite : il doit prévenir la police.




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- Écrit par David Sicé


La beauté du Diable (1950)
Autre titre : Beauty And The Devil.
Sorti en France le 16 mars 1950.
Sorti aux USA le 25 août 1952.
Sorti en blu-ray français le 17 août 2010 chez GAUMONT.
Sorti en blu-ray américain le 29 octobre 2013 chez COHEN FILM COLLECTION.
De René Clair (également scénariste), sur un scénario de Armand Salacrou, d'après la légende du Moyen-Âge racontée par Goethe. Avec Michel Simon, Gérard Philipe, Nicole Besnard, Simone Valère, Carlo Ninchi, Raymond Cordy.
Un valet de pied balaye le laboratoire d’un savant et ramasse un livre à terre ouvert à la page du portrait du Diable. Effrayé, il referme et repose précipitamment le volume. Il est cependant vite distrait par la musique de fête qui provient de la cours de l’Université, il y a de la musique de fête et un chariot qui tourne.
Dans un amphithéâtre, on honore le digne professeur Henri Faust, qui s’est concentré tout entier au culte de l’esprit, ignorant tout autre loisir, mais partant à présent à la retraite. Le vieux professeur est observé de l’une des galeries par un jeune homme espiègle, qui éclate de rire lorsque Faust se lève sous les applaudissements de l’assemblée. Le jeune homme le suit dans les couloirs, et Faust le fuit, refermant toutes les portes derrière lui, mais le jeune homme le suit et lui parle dans sa tête : en cinquante ans, il n’a rien appris de ses livres, et bientôt il va mourir. Mais s’il appelle le Diable, car c’est lui, le Diable lui promet qu’il viendra aussitôt. Alors la porte de son laboratoire-bibliothèque s’ouvre, et Faust bredouille qu’il n’a appelé personne, que l’heure n’est pas encore venue. Son valet, car c’est lui, lui assure que c’est bien l’heure du dîner.
Faust refuse d’aller dîner, et le Diable le nargue à nouveau : Faust a peur selon lui. Mais Faust répond qu’il n’a pas peur du Diable, et d’aucune de ses formes bestiales. Par orgueil, Faust appelle le Diable, prétendant devenir son maître, et sa fenêtre s’ouvre brutalement. Alors Faust se ravise immédiatement mais il est trop tard : sur le tas de livre, c’est un double de Faust qui se tient, et qui lui rappelle qu’il s’appelle Méphistophélès, et non Lucifer. Le Diable change alors d’apparence et redevient le jeune homme qui le saluait dans le couloir. Faust lui ordonne de changer d’apparence, et le jeune homme redevient un double de Faust.
Le Diable lui fait remarquer que Faust est pétri de douleurs et va bientôt mourir. Faust demande alors ce que le Diable veut en échange. Faust ne veut pas vendre son âme, alors Méphistophélès lui propose de faire une exception, et sans vendre son âme, de recevoir la jeunesse afin de pouvoir poursuivre son œuvre. Après quoi, Faust n’aura plus qu’à signer le pacte pour se faire vraiment obéir de Méphistophélès. Le Diable lui demande alors de regarder dans un miroir : Faust y voit d’abord son vieux visage, puis celui du jeune étudiant. Alors il cherche en vain Méphistophélès, sort de sa maison, puis tombe, évanoui. Il alors recueilli par des bateleurs, et s’émerveille de pouvoir se relever sans effort.




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