L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, le roman de 1886Feu vert livre / BD

The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886)
Titre français : L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde.

Sorti le 5 janvier 1886 à Londres chez Longmans, Green & Co.
Réédité traduit par Henry Tilleul en 1931 à la bibliothèque verte Hachette,
Réédité traduit par Marcelle Sibon en mars 1949 au Club Français du livre ;
Réédité en 1958 à la Bibliothèque Mondiale, traduction anonyme,
Réédité traduit par Charles-Albert Reichen en novembre 1963 chez Nouvel Office d’édition
Réédité chez Marabout en 1970, Gallimard 1978, Folio Junior 1987 et 1991, Les 1000 Soleils, Folio Junior1999, puis 2003 ;
Réédité chez Edito service en 1968 traduction de Armel Guerne, réédité chez Phébus en 1994 ;
Traduit par Jean Muray pour Bibliothèque Verte Senior Hachette en 1977, réédité au Livre de Poche en février 1993 et au Livre de Poche jeunesse en 1997 et en mai 2002 ;
Traduit par Théo Varlet pour UGE 10/18 en mai 1978 réédité décembre 1981, réédité chez Librio en mars 1996 et novembre 2001, réédité chez Néofelis en octobre 2011 ;
Traduit par Robert Latour pour Bouquins en septembre 1984, réédité en janvier 2016 chez Robert Laffont pavillon poche ;
Traduit par Charles Ballarin chez Folio bilingue en 1992, réédité pour La Pleiade en septembre 2005, réédité pour Folio classique en février 2008 ;
Traduit par Jean-Pierre Naugrette en octore 1988 pour le Livre de Poche bilingue, réédité pour Chêne en 1994, réédité pour le Livre de Poche en août 1999, réédité et révisée en septembre 2000, réédité chez Gründ en août 2006.

Adapté fidèlement au cinéma en 1931 et en 1941.
Adapté en série télévisée steampunk / fantasy urbaine en 2015.

Très nombreux pastiches, adaptations éloignées, suites, emprunts des personnages et nombreuses parodies tous médias.

De Robert Louis Stevenson aka Robert Lewis Balfour Stevenson.

Pour adultes et adolescents.

(horreur gothique aka victorienne, presse) Gabriel John Utterson et son cousin Richard Enfield arrivent à la porte d'une grande maison lors de leur promenade hebdomadaire. Enfield raconte à Utterson qu'il y a quelques mois, il a vu un homme à l'air sinistre, Edward Hyde, piétiner une jeune fille après l'avoir accidentellement croisée. Enfield a obligé Hyde à payer 100 £ à sa famille pour éviter un scandale. Hyde a amené Enfield à cette porte et lui a remis un chèque signé par un homme de bonne réputation qui s'avérera plus tard être le docteur Henry Jekyll, ami et client d'Utterson. Utterson craint que Hyde ne fasse chanter Jekyll, car ce dernier a récemment modifié son testament pour faire de Hyde le seul bénéficiaire. Lorsque Utterson tente de discuter de Hyde avec Jekyll, ce dernier lui répond qu'il peut se débarrasser de Hyde quand il le souhaite et lui demande de laisser tomber l'affaire.

Une nuit d'octobre, un domestique voit Hyde battre à mort Sir Danvers Carew, un autre client d'Utterson, et laisser derrière lui la moitié d'une canne brisée. La police contacte Utterson, qui conduit les agents à l'appartement de Hyde. Hyde a disparu, mais ils trouvent l'autre moitié de la canne brisée. Utterson reconnaît la canne comme étant celle qu'il avait donnée à Jekyll. Utterson rend visite à Jekyll, qui lui montre une note, prétendument écrite à Jekyll par Hyde, s'excusant pour les problèmes qu'il a causés. Cependant, l'écriture de Hyde est similaire à celle de Jekyll, ce qui amène Utterson à conclure que Jekyll a falsifié le mot pour protéger Hyde...

*

Le texte original de Robert Louis Stevenson en 1886.

STRANGE CASE
of DR JEKYLL AND MR HYDE

Story of the Door


Mr. Utterson the lawyer was a man of a rugged countenance that was never lighted by a smile; cold, scanty and embarrassed in discourse; backward in sentiment; lean, long, dusty, dreary and yet somehow lovable. At friendly meetings, and when the wine was to his taste, something eminently human beaconed from his eye; something indeed which never found its way into his talk, but which spoke not only in these silent symbols of the after-dinner face, but more often and loudly in the acts of his life. He was austere with himself; drank gin when he was alone, to mortify a taste for vintages; and though he enjoyed the theater, had not crossed the doors of one for twenty years. But he had an approved tolerance for others; sometimes wondering, almost with envy, at the high pressure of spirits involved in their misdeeds; and in any extremity inclined to help rather than to reprove. "I incline to Cain's heresy," he used to say quaintly: "I let my brother go to the devil in his own way." In this character, it was frequently his fortune to be the last reputable acquaintance and the last good influence in the lives of downgoing men. And to such as these, so long as they came about his chambers, he never marked a shade of change in his demeanour.

No doubt the feat was easy to Mr. Utterson; for he was undemonstrative at the best, and even his friendship seemed to be founded in a similar catholicity of good-nature. It is the mark of a modest man to accept his friendly circle ready-made from the hands of opportunity; and that was the lawyer's way. His friends were those of his own blood or those whom he had known the longest; his affections, like ivy, were the growth of time, they implied no aptness in the object. Hence, no doubt the bond that united him to Mr. Richard Enfield, his distant kinsman, the well-known man about town. It was a nut to crack for many, what these two could see in each other, or what subject they could find in common. It was reported by those who encountered them in their Sunday walks, that they said nothing, looked singularly dull and would hail with obvious relief the appearance of a friend. For all that, the two men put the greatest store by these excursions, counted them the chief jewel of each week, and not only set aside occasions of pleasure, but even resisted the calls of business, that they might enjoy them uninterrupted.

It chanced on one of these rambles that their way led them down a by-street in a busy quarter of London. The street was small and what is called quiet, but it drove a thriving trade on the weekdays. The inhabitants were all doing well, it seemed and all emulously hoping to do better still, and laying out the surplus of their grains in coquetry; so that the shop fronts stood along that thoroughfare with an air of invitation, like rows of smiling saleswomen. Even on Sunday, when it veiled its more florid charms and lay comparatively empty of passage, the street shone out in contrast to its dingy neighbourhood, like a fire in a forest; and with its freshly painted shutters, well-polished brasses, and general cleanliness and gaiety of note, instantly caught and pleased the eye of the passenger.

Two doors from one corner, on the left hand going east the line was broken by the entry of a court ; and just at that point a certain sinister block of building thrust forward its gable on the street. It was two storeys high; showed no window, nothing but a door on the lower storey and a blind forehead of discoloured wall on the upper; and bore in every feature, the marks of prolonged and sordid negligence. The door, which was equipped with neither bell nor knocker, was blistered and distained. Tramps slouched into the recess and struck matches on the panels; children kept shop upon the steps; the schoolboy had tried his knife on the mouldings; and for close on a generation, no one had appeared to drive away these random visitors or to repair their ravages.

Mr. Enfield and the lawyer were on the other side of the by-street; but when they came abreast of the entry, the former lifted up his cane and pointed.
"Did you ever remark that door?" he asked; and when his companion had replied in the affirmative. "It is connected in my mind," added he, "with a very odd story."

*

La traduction au plus proche.

L’étrange affaire
du DR. JEKYLL ET DE M. HYDE

L'histoire de la porte


M. Utterson, l'avocat, était un homme au visage rude qui n'était jamais éclairé par un sourire ; froid, maigre et embarrassé dans son discours ; arriéré dans ses sentiments ; maigre, long, poussiéreux, morne et pourtant quelque peu aimable. Lors des réunions amicales, et lorsque le vin était à son goût, quelque chose d'éminemment humain se dégageait de son regard ; quelque chose en effet qui ne se retrouvait jamais dans son discours, mais qui s'exprimait non seulement dans ces symboles silencieux du visage d'après-dîner, mais plus souvent et plus fortement dans les actes de sa vie. Il était austère avec lui-même ; il buvait du gin quand il était seul, pour mortifier un goût pour les millésimes ; et bien qu'il aimât le théâtre, il n'en avait pas franchi les portes depuis vingt ans. Mais il avait une tolérance approuvée pour les autres ; il s'étonnait parfois, presque avec envie, de la forte pression d'esprit impliquée dans leurs méfaits ; et dans toute extrémité, il était enclin à aider plutôt qu'à réprouver. « J’ai un penchant pour l'hérésie de Caïn, disait-il pittoresquement : Je laisse mon frère aller au diable par sa propre voie. » De part son caractère, il avait souvent l’occasion d'être la dernière connaissance honorable et la dernière bonne influence dans la vie des hommes en perdition. Et à ceux-là, tant qu'ils venaient dans son cabinet, il ne faisait jamais marque d’un début de changement dans son attitude.

Sans doute l'exploit était-il facile pour M. Utterson, car il était peu démonstratif au mieux, et même son amitié semblait fondée sur une même mesure d’un bon naturel. C'est la marque d'un homme modeste que d'accepter son cercle d'amis tout fait des mains de l'opportunité ; et c'était le cas de l'avocat. Ses amis étaient ceux de son propre sang ou ceux qu'il avait connus le plus longtemps ; ses affections, comme le lierre, étaient la croissance du temps, elles n'impliquaient aucune aptitude de leur l'objet. D'où, sans doute, le lien qui l'unissait à M. Richard Enfield, son lointain parent, l'homme bien connu de la ville. Beaucoup se demandaient ce que ces deux-là pouvaient voir l'un dans l'autre, ou quel sujet de discussion ils pouvaient trouver en commun. Ceux qui les rencontraient dans leurs promenades dominicales rapportaient qu'ils ne disaient rien, avaient l'air singulièrement morne et saluaient avec un soulagement évident l'apparition d'un ami. Pour autant, les deux hommes faisaient le plus grand cas de ces excursions, les considéraient comme le principal joyau de chaque semaine, et non seulement mettaient de côté les occasions de plaisir, mais résistaient même aux appels des affaires, afin de pouvoir en profiter sans interruption.

Au cours d'une de ces promenades, le hasard voulut que leur chemin les mène dans une rue d'un quartier animé de Londres. La rue était petite et ce qu'on appelle calme, mais elle animait un commerce florissant les jours de semaine. Les habitants se portaient tous bien, semblait-il, et tous espéraient ardemment faire mieux encore, et étalaient le surplus de leurs profits en enseignes et décorations tape-à-l’œil ; de sorte que les devantures des magasins se dressaient le long de cette artère avec un air d'invitation, comme des rangées de vendeuses souriantes. Même le dimanche, lorsqu'elle voilait ses charmes les plus florissants et restait relativement vide de passage, la rue brillait par contraste avec son quartier miteux, comme un feu dans une forêt ; et avec ses volets fraîchement peints, ses cuivres bien polis, sa propreté générale et sa note de gaieté, elle attirait et plaisait instantanément l'œil du passager

À deux portes d'un coin, sur la gauche en allant vers l'est, la ligne était interrompue par l'entrée d'une cour ; et juste à ce point, un certain bloc sinistre de bâtiment avançait son pignon sur la rue. Il était haut de deux étages ; il ne présentait aucune fenêtre, rien qu'une porte à l'étage inférieur et un front aveugle de mur décoloré à l'étage supérieur ; et il portait dans chaque trait, les marques d'une négligence prolongée et sordide. La porte, qui n'était munie ni de sonnette ni de heurtoir, était boursouflée et déglinguée. Des clochards s'étaient glissés dans le renfoncement et avaient craqué des allumettes sur les panneaux ; des enfants faisaient du shopping sur les marches ; un écolier avait essayé son couteau sur les moulures ; et pendant près d'une génération, personne n'était apparu pour chasser ces visiteurs aléatoires ou pour réparer leurs ravages.

M. Enfield et l'avocat étaient de l'autre côté de la rue, mais lorsqu'ils arrivèrent devant l'entrée, le premier leva sa canne et montra du doigt.
« Avez-vous jamais remarqué cette porte ? » demanda-t-il ; et lorsque son compagnon eut répondu par l'affirmative. « Elle est liée dans mon esprit, ajouta-t-il, à une histoire très étrange. »

*

La traduction française de Jean-Pierre Naugrette de 1994 pour J’ai Lu / Le Livre de Poche, version légèrement révisée de sa traduction de 1988 pour Le Livre de Poche bilingue.

L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde

L’HISTOIRE DE LA PORTE

Mr Utterson, notaire de son état, était un homme à la mine sévère, qu’aucun sourire ne venait jamais éclairer. Il était d’une conversation froide, sèche et embarrassée. Peu porté au sentiment, cet homme grand, mince, triste et morne plaisait pourtant à sa manière. Dans les réunions entre amis, et quand le vin était à son goût, son regard se signalait par quelque chose d’éminemment humain, quelque chose qui à vrai dire ne transparaissait jamais dans sa conversation mais qui s’exprimait, non seulement part ce muet symbole qu’est le visage après un bon repas, mais plus souvent, et avec plus de force encore, à travers les actes de sa vie. Austère envers lui-même, il ne buvait du gin qu’en solitaire, afin de mortifier son penchant pour les bons crus, et bien qu’amateur de théâtre, n’y avait pas mis les pieds depuis vingt ans. Cela ne l’empêchait pas de se montrer d’une extrême tolérance envers les autres, au point de s’étonner parfois, avec une pointe d’envie, devant la dépense d’énergie qui leur était nécessaire pour commettre leurs méfaits. En dernier ressort, il se sentait plus disposé à secourir qu’à réprouver. « Je partage l’hérésie de Caïn », répétait-il, curieusement. « Je laisse mon frère aller au diable comme bon lui chante. »

Avec une telle tournure d’esprit, il lui arrivait fréquemment d’être la dernière relation avouable pour ceux qui tournaient mal, et le dernier à pouvoir exercer sur eux une influence salutaire : du moment qu’ils lui rendaient visite, son attitude à leur égard ne manifestait jamais l’ombre d’une altération.

Assurément, cette action d’éclat ne coûtait guère à Mr Utterson, car il n’était pas homme à dévoiler ses sentiments, et jusqu’en amitié faisait montre d’une égale et universelle bienveillance. Un homme modeste se reconnaît au fait qu’il accepte à l’avance le cercle d’amis dont le hasard l’entoure, et c’était le cas du notaire. Il avait pour amis des gens de son propre sang, ou bien d’autres qu’il connaissait de longue date. Ses attachements, comme le lierre, poussaient avec le temps et n’impliquaient de leur support aucune qualité particulière. De là, sans doute, le lien qui l’unissait à Mr Richard Enfield, son cousin éloigné, homme bien connu de la bonne société londonienne. La plupart des gens se demandaient avec perplexité ce que les deux hommes pouvaient bien avoir en commun. Ceux qui les croisaient au cours de leur promenade dominicale assuraient qu’ils n’échangeaient pas un mot, avaient l’air de s’ennuyer ferme, et accueillaient avec un soulagement visible l’apparition d’un tiers. Néanmoins tous deux faisaient le plus grand cas de ces sorties qu’ils considéraient comme le couronnement de leur semaine, et pour les savourer tout à loisir, non seulement ils n’hésitaient pas à sacrifier les plaisirs du monde, mais à faire la sourde oreille au pressant appel des affaires.

C’est au cours d’une de ces expéditions que le hasard les conduisit dans une petite rue d’un quartier animé de Londres. C’était ce qui s’appelle une petite rue tranquille, mais qui connaissait en semaine une animation intense. A l’évidence, elle était habitée par des gens prospères qui cultivaient tous à l’envie l’espoir de faire mieux encore, consacrant leurs bénéfices à des travaux d’embellissement, à telle enseigne que les devantures des boutiques, comme deux rangées d’accortes marchandes, offraient de chaque côté de l’artère un aspect des plus engageants. Même le dimanche, où elle voilait ses appas les plus florissants et où la circulation était presque nulle, cette rue faisait un éclatant contraste avec son terne voisinage, tel un feu dans la forêt. Et avec ses volets fraîchement repeints, ses cuivres étincelants, son air propre et pimpant, elle attirait et charmait aussitôt le regard du passant.

A deux pas d’un carrefour, sur la gauche, en direction de l’est, l’alignement était rompu par une entrée de cour, et à cet endroit même une bâtisse rébarbative avançait son pignon sur la rue : deux étages, aucune fenêtre, rien qu’une porte au rez-de-chaussée et, à l’étage, la façade aveugle d’un mur décrépit. Tout cela dénotait une longue et sordide négligence. La porte, sans heurtoir ni sonnette, était tout écaillée et décolorée. Les vagabonds avaient élu domicile dans le renforcement et se servaient du bois pour y gratter leurs allumettes. Les gamins tenaient boutique sur les marches, et les écoliers avaient essayé leurs canifs sur les moulures sans que personne, depuis près d’une génération, ne soit intervenu pour chasser ces intrus ou réparer leurs déprédations.

Mr Enfield et le notaire marchaient sur le trottoir d’en face, mais une fois arrivés à la hauteur du bâtiment le premier fit un geste de sa canne et demanda à son compagnon :
« Aviez-vous remarqué cette porte auparavant ? »

Et quand celui-ci lui eut répondu par l’affirmative, il ajouta :
« Elle demeure associée dans mon souvenir à une bien curieuse histoire. »

***

Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.

***

The Deep House, le film de 2021Feu rouge cinéma

The Deep House (2021)
Traduction du titre : La maison profonde.

Sorti au cinéma en France le 30 juin 2021.
Sorti en blu-ray+DVD français le 3 novembre 2021.
Sorti en blu-ray anglais pour le 1er novembre 2022.

De Alexandre Bustillo et Julien Maury (également scénaristes) sur un scénario de Julien David et Rachel Parke ; avec Camille Rowe, James Jagger, Eric Savin.

Pour adultes.

(horreur, fantôme) La française Tina et son ami caméraman Ben sont deux youtubeurs spécialiste de l’exploration urbaine. Ce jour-là, ils sont en Ukraine (un pays en guerre ?) pour explorer un sanatorium abandonné et soi-disant hanté à Vinnystya par une belle journée ensoleillée. Equipés de Go-pro et d’un drone, ils filment l’extérieur et l’intérieur dévasté et tagué de la bâtisse, avec bien entendu Ben qui demande à Tina de faire attention où elle met les pieds, tandis qu’à l’extérieur il lui disait de ne pas s’inquiéter des serpents. Ben, qui a le sens de l’anecdote, raconte qu’une infirmière aurait empoisonné ici des enfants. Puis il disparait mystérieusement, jouant avec les nerfs de Tina – pour la surprendre embusqué dans un recoin. Apparemment à chaque fois il lui fait le coup et à chaque fois elle marche.

De retour en France, Tina travaille son apnée en essayant de se noyer dans sa baignoire, tandis que Ben qui l’attend en bas de chez elle est en train de klaxonner. Ensuite, alors qu’elle sort de son appartement il la filme contre son gré tout en lui affirmant que son record de trois minutes sous l’eau sans respirer est excellent, surtout dans une baignoire, parce qu’un lac est en fait une grande baignoire. On y croit tous très fort. Leur idée brillante du jour est effet d’aller tourner leur nouvelle vidéo d’exploration urbaine dans une maison hantée submergée après qu’EDF est inondé la vallée. En combinaison de plongée, ils franchissent le portail puis la porte de la maison engloutie sans craindre un seul instant que tout s’écroule sur eux, parce que cela fait quand même des années que c’est sous l’eau et sont très étonnés de découvrir la maison en ordre, avec toute la décoration aux murs et les objets encore posés sur les tables, étagères et lits faits, sans absolument rien de pourri, mis à part bien sûr les zombies, qui eux sont un peu décatis mais encore très vifs.

En tentant de ressortir, ils trouvent la porte d’entrée murée, puis tentent de sortir par une grille qui ne cède pas, puis par une cheminée qui s’écroule. Ils sont séparés et quand ils se retrouvent, Ben l’entraîne vers une salle de projection cachée dans la cave par laquelle ils sont censés sortir, et comme il y a aussi bien l’électricité que l’eau courante, quelqu’un leur projette obligeamment le flash-back censé expliquer comment un culte satanique a trouvé le moyen non pas de vivre éternellement mais de dormir éternellement en sacrifiant des enfants de la région et en se filmant (et en trouvant quelqu’un pour développer le film et faire le montage analogique). Puis Ben tente de poignarder Tina mais Tina le réveille et au lieu de sortir tout de suite (cette maison n’est pas si grande), Tina laisse un zombie poignarder Ben et parvient, sauf erreur de ma part, à se noyer en sortant de la maison. Générique de fin.

The Deep House, le film de 2021

The Deep House, le film de 2021

The Deep House, le film de 2021

The Deep House, le film de 2021

***

Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce film.

***

Damsel, la demoiselle et le dragon le film de 2024

Damsel (2024)
Traduction du titre : Demoiselle (du latin, jeune maîtresse de maison).
Titre français : la demoiselle et le dragon.

Annoncé le 8 mars 2024 repoussé de 2023, sur NETFLIX INT/FR.

De Juan Carlos Fresnadillo, sur un scénario de Dan Mazeau ; avec Millie Bobby Brown, Ray Winstone, Nick Robinson, Shohreh Aghdashloo, Angela Bassett, Robin Wright.

(Fantasy woke, presse) Une jeune femme noble, dévouée et protégée, accepte d'épouser un beau prince, mais découvre que sa famille a l'intention de la sacrifier pour rembourser une ancienne dette. Piégée dans la grotte d'un redoutable dragon, elle doit compter sur son intelligence et sa volonté pour survivre.

Damsel, la demoiselle et le dragon le film de 2024

Damsel, la demoiselle et le dragon le film de 2024

Damsel, la demoiselle et le dragon le film de 2024

Damsel, la demoiselle et le dragon le film de 2024

***

Ici la page du forum Philippe-ebly.fr consacrée à ce film.

***

Souvenirs à vendre, la nouvelle de 1966Feu vert livre / BD

We Can Remember It For You Wholesale (1966)
Autres titres : Souvenirs à vendre, Souvenirs garantis, De mémoire d'homme.

Sorti en avril 1966 dans The Magazine of Fantasy & Science-fiction.
Traduit en français en août 1966 par Michel Demuth sous le titre De mémoire d'homme, dans le magazine Fiction numéro 153, Paris, aux éditions OPTA FR ;
Traduit en 1984 par Bernard Raisin sous le titre Souvenirs garantis, prix raisonnables dans La Grande Anthologie de la Science fiction : Histoires de mirages, au Livre de poche ;
Compilé en 1998 sous le titre Souvenirs à vendre dans Nouvelles 1963-1981 pour Denoël Présence ;
Traduction révisé en 2000 par Hélène Collon sous le titre Souvenirs à vendre dans Nouvelles, tome 2 / 1953-1981 pour Denoël, Lunes d'encre réédité en 2006,
Réédité compilé en 2002 dans Minority Report, Gallimard, Folio SF ;
Réédité compilé sous le titre Total Recall en 2012.

Adapté en film Total Recall 1990.
Adapté en série télévisée Total Recall 2070 en 1999.
Adapté en film Total Recall: Mémoires programmées en 2012

De Philip K. Dick.

Pour adultes et adolescents.

(cyberpunk) Douglas Quail occupe un emploi de bureau subalterne dans un "futur pas si lointain". Son plus grand rêve a toujours été de visiter Mars, mais sa femme l'en dissuade constamment. Quail finit par découvrir Rekal Incorporated, où il se fait implanter la mémoire de son voyage sur Mars. À la grande surprise des techniciens de Rekal, Quail retrouve, sous sédation, des souvenirs effacés de sa véritable identité.

*

Le texte original de Philip K. Dick pour The Magazine Of Fantasy & Science-fiction de mai 1966.

Surely one of man’s most difficult tasks is to learn to live with his memories. When, as for Douglas Quail, those include a dull job, a wilting marriage and little else, then something must be done. As, for instance, changing those memories. If you are a new reader and this concept seems far-fetched to you, we suggest that you check Ted Thomas’s column on page 62.

WE CAN REMEMBER IT FOR YOU WHOLESALE

by Philip K. Dick

He awoke—AND WANTED Mars. The valleys, he thought. What would it be like to trudge among them? Great and greater yet: the dream grew as he became fully conscious, the dream and the yearning. He could almost feel the enveloping presence of the other world, which only Government agents and high officials had seen. A clerk like himself? Not likely.

"Are you getting up or not?” his wife Kirsten asked drowsily, with her usual hint of fierce crossness. “If you are, push the hot coffee button on the dam stove.”
“Okay,” Douglas Quail said, and made his way barefoot from the bedroom of their conapt to the kitchen. There, having dutifully pressed the hot coffee button, he seated himself at the kitchen table, brought out a yellow, small tin of fine Dean Swift snuff. He inhaled briskly, and the Beau Nash mixture stung his nose, burned the roof of his mouth. But still he inhaled; it woke him up and allowed his dreams, his noctural desires and random wishes, to condense into a semblance of rationality.

I will go, he said to himself. Before I die I’ll see Mars. It was, of course, impossible, and he knew this even as he dreamed. But the daylight, the mundane noise of his wife now brushing her hair before the bedroom mirror—everything conspired to remind him of what he was. A miserable little salaried employee, he said to himself with bitterness. Kirsten reminded him of this at least once a day and he did not blame her; it was a wife’s job to bring her husband down to Earth. Down to Earth, he thought, and laughed. The figure of speech in this was literally apt.

“What are you sniggering about?” his wife asked as she swept into the kitchen, her long busy pink robe wagging after her. "A dream, I bet. You’re always full of them.”
"Yes,” he said, and gazed out the kitchen window at the hovercars and traffic runnels, and all the little energetic people hurrying to work. In a little while he would be among them. As always.

“I’ll bet it has to do with some woman,” Kirsten said witheringly.
“No,” he said. “A god. The god of war. He has wonderful craters with every kind of plant-life growing deep down in them.”

“Listen.” Kirsten crouched down beside him and spoke earnestly, the harsh quality momentarily gone from her voice. "The bottom of the ocean—our ocean is much more, an infinity of times more beautiful. You know that; everyone knows that. Rent an artificial gill-outfit for both of us, take a week off from work, and we can descend and live down there at one of those year-round aquatic resorts. And in addition—” She broke off. “You’re not listening. You should be. Here is something a lot better than that compulsion, that obsession you have about Mars, and you don’t even listen!” Her voice rose piercingly. “God in heaven, you’re doomed, Doug! What’s going to become of you?”
“I’m going to work,” he said, rising to his feet, his breakfast forgotten. “That’s what’s going to become of me.”

She eyed him. “You’re getting worse. More fanatical every day. Where’s it going to lead?”
“To Mars,” he said, and opened the door to the closet to get down a fresh shirt to wear to work.

*

La traduction au plus proche.

Sûrement l’une des tâches les plus difficiles de l’être humain est d’apprendre à vivre avec ses souvenirs. Quand, comme dans le cas de Douglas Quail, ceux-là incluent un emploi sans intérêt, a mariage qui s’étiole, alors il y a quelque à faire. Comme, par exemple, changer ces souvenirs. Si vous êtes un nouveau lecteur (de ce magazine) et si ce concept vous parait tiré par les cheveux, nous vous suggérons d’aller lire la colomne de Ted Thomas page 62 (du numéro d’avril 1966 du magazine de la Fantasy et de la Science-fiction.)

NOUS POUVONS VOUS LE RAPPELER AU PRIX DE GROS

par Philip K. Dick

Il s’éveilla—ET VOULAIT Mars. Les vallées, il pensa. Ce que cela ferait de se frayer un chemin parmi elles ? Génial et encore plus génial: le rêve croissait au fur et à mesure qu’il regagnait complètement sa conscience, le rêve et le désir ardent. Il pouvait presque sentir la présence enveloppante d’un autre monde, que seul les agents du gouvernements et les officiels des grades les plus élevés avaient déjà vu. Un petit secrétaire comme lui ? Aucune chance.

“Tu te lèves ou quoi ?” son épouse Kirsten demanda assoupie, avec sa pointe habituelle de farouche envie d’en découdre. “Si tu le fais, va enfoncer le bouton du café chaud de la foutue cuisinière.”
“D’accord,” répondit Douglas Quail, et il tituba pieds nus depuis la chambre à coucher de leur studio jusqu’à la cuisine. Arrivé là, ayant consciencieusement pressé le bouton du café chaud, il s’installa à la table de la cuisine, ayant sorti une petite boîte en fer blanc jaune de tabac à priser fin Dean Swift . Il l’inhala avec hâte, et le mélange Beau Nash lui piqua le nez, brûla le vol de son palais. Mais encore, il inhalait; cela le réveillait complètement et permettait à ses rêves, ses désirs nocturnes et ses souhaits variables, de se condensait en un semblant de rationalité.

J’irai, se dit-il à lui-même. Avant de mourir, je verrai Mars. C’était, bien entendu, impossible, et il le savait même en rêvant. Mais la lumière du jour, les bruits ordinaires que faisait son épouse à se brosser les cheveux devant le miroir de la chambre à coucher — tout conspirait à lui rappeler ce qu’il était. Un misérable petit employé salarié, se disait-il avec amertume. Kirsten le lui rappelait au moins une fois par jouor et il ne le lui reprochait même pas ; c’était le boulot d’une épouse de garder les pieds de son mari sur terre, pensait-il, et il se mit à rire. L’expression était littéralement appropriée.

“Qu’est-ce qui te fait ricaner?” demanda son épouse alors qu’elle s’engouffrait dans la cuisine, sa longue robe de chambre rose battant à sa suite. "Un rêve, je parie. T’en as toujours plein le crâne.”
"Oui,” il répondit, et il jeta un coup d’oeil par la fenêtre de la cuisine aux voitures volantes et aux voies de circulation, et à tous ces gens énergiques qui se pressaient pour aller. D’ici peu, se retrouverait parmi eux. Comme toujours.

“Je parie que ça à voir avec une femme,” Kirsten rétorqua, venimeuse.
“Non,” il répondit. “Un dieu. Le dieu de la guerre. Il a de merveilleux cratères avec toutes les sortes de vie végétale poussant au fond.”

“Écoute.” Kirsten s’accroupit à son côté et lui parla de manière sincère, la dureté momentanément évanouie de sa voix. « Le fond de l’océan — notre océan est beaucoup plus, une infinité de fois plus merveilleux. Tu sais cela ; tout le monde sait cela. Loue une combinaison de plongée à branchies pour nous deux, prend une semaine de vacance, et nous pouvons descendre et vivre en bas là-bas dans l’une de ces résidences de vacances aquatiques à l’année. Et additionnellement—“ Elle s’interrompit. “Tu n’écoutes pas. Tu devrais. C’est quelque chose de bien mieux que cette pulsion, cette obsession que tu as à propos de Mars, et tu n’écoutes même pas ! » Le ton de sa voix devenait perçant. « Dieu du ciel, tu es maudit, Doug ! Qu’est-ce que tu vas devenir ?”
“Je vais aller travailler,” il fit, bondissant sur ses pieds, oubliant son petit-déjeuner. “Voilà ce que je vais devenir. ”

Elle lui fit les gros yeux. ”Tu deviens pire. Plus fanatique chaque jour. Où est-ce que ça va mener ? ”
“Jusqu’à Mars,” il répondit, et d’ouvrir la porte du placard pour en tirer une chemise propre à porter pour travailler.

*

Image

La traduction de Michel Demuth d’août 1966 dans Fiction 153.

PHILIP K. DICK

De mémoire d’homme

Philip K. Dick apparaît souvent dans les pages de Galaxie — où d’ailleurs aurait pu figurer cette histoire typique de sa manière. Dans beaucoup de ses nouvelles récentes, Dick s’attache à dépeindre les incertitudes de la mémoire et les altérations de la personnalité. Sur le thème des « mémoires interchangeables », il a brodé ici une brillante variation, qui s’ouvre en conclusion sur des perspectives imprévisibles.

Il s’éveilla — et il avait besoin de Mars. Les vallées, songea-t-il. Comment était-ce, lorsqu’on les parcourait ? De plus en plus vaste, le rêve croissait comme il devenait pleinement conscient, le rêve et le désir. Il pouvait presque sentir l’enveloppante présence de l’autre monde que seuls de hauts fonctionnaires et des agents du gouvernement avaient contemplé. Un employé comme lui avait peu de chance d’y parvenir.

— « Est-ce que tu es levé, oui ou non ? » demanda sèchement Kirsten, sa femme, avec son habituelle intonation de colère. « Si tu es levé, appuie sur le bouton du café. »
— « D’accord, « dit Douglas Quail, et il marcha pieds nus de la chambre à la cuisine. Quand il eut docilement appuyé sur le bouton du café, il s’assit devant la table et prit une petite boîte jaune de Dean Swift à priser. Il respira profondément et le mélange lui irrita le nez, lui brûlant le palais. Mais il continua d’inhaler. Cela l’éveillait et condensait ses souvenirs, ses désirs nocturnes et ses aspirations diverses en un semblant de réalité.
J’irai, se dit-il. Avant de mourir, j’irai sur Mars.

C’était impossible, bien sûr ; il le savait même tandis qu’il rêvait. Mais, dans la journée, les bruits prosaïques qui environnaient sa femme — elle se brossait à présent les cheveux devant son miroir — contribuaient davantage à lui rappeler sa condition. Il n’était qu’un petit employé au salaire misérable, se dit-il avec amertume. Kirsten le lui rappelait au moins une fois par jour et il ne pouvait l’en blâmer. C’était le devoir d’une femme de ramener son mari sur Terre. Redescendre sur Terre, songea-t-il, amusé. L’expression convenait si bien.

— « A quoi rêvasses-tu ? » lui demanda sa femme tout en balayant la cuisine, sa robe de chambre rose flottant derrière elle. « Tu es toujours perdu dans tes songes. »
— « Oui, « dit-il, et il regarda par la fenêtre les flotteurs et les trottoirs roulants, tout le petit monde laborieux qui se hâtait vers le travail. D’ici un instant, il serait parmi eux. Comme toujours.
— « Je suis sûre que c’est à cause d’une femme, » dit Kirsten d’un ton revêche.
— « Non. A cause d’un dieu. Le dieu de la guerre. Il possède de merveilleux cratères avec toutes sortes de formes de vie végétale qui poussent au fond. »

— « Ecoute, « dit Kirsten. Elle s’agenouilla à côté de lui et se mit à lui parler d’un ton persuasif. Toute dureté avait momentanément disparu de sa voix. « Le fond de l’océan — de notre océan — est plus beau, infiniment plus beau. Tu sais cela. Tout le monde le sait. Loue des branchies artificielles pour nous deux, prends une semaine de vacances et nous pourrons aller vivre dans un de ces hôtels aquatiques. Et aussi… » Elle s’interrompit. « Tu ne m’écoutes pas. Tu devrais, pourtant. C’est un peu mieux que cette obsession de Mars ! Mais tu ne m’écoutes pas ! »
Sa voix devint perçante. « Dieu du ciel, tu es fini, Doug ! Que vas-tu devenir ? »
— « Je vais aller travailler, » dit-il en se levant et en abandonnant son breakfast. « Voilà ce que je vais devenir. »

Elle le fixa. « Tu deviens pire chaque jour. De plus en plus obsédé. Où cela va-t-il te conduire ? »
— « Sur Mars, » dit-il, et il ouvrit la porte de l’armoire pour y prendre une chemise propre.

*

Image

La traduction de Bernard Raisin de 1984 pour LE LIVRE DE POCHE & DENOEL FR

SOUVENIRS GARANTIS, PRIX RAISONNABLES

par Philip K. Dick


IL se réveilla et eut envie de Mars. Les vallées, songea-t-il ; quel effet cela lui ferait-il d’en fouler le sol ? Ce devait être merveilleux. Et ce qui l’était plus encore c’était que le rêve se développait au fur et à mesure qu’il reprenait conscience. Le rêve et le désir ardent. Il pouvait presque sentir la présence enveloppante de l’autre monde que seuls les représentants du gouvernement et les personnages officiels avaient pu voir. Un petit fonctionnaire comme lui ? Il y avait peu de chance.

« Tu te lèves, oui ou non ? demanda Kirsten, sa femme, d’une voix ensommeillée où pointait sa virulente et coutumière mauvaise humeur. Quand tu seras debout, appuie sur le bouton café chaud de cette fichue cuisinière.
— Okay », répondit Douglas Quail, et, pieds nus, il se rendit de la chambre à coucher de leur conapt à la cuisine. Là, après s’être exécuté en appuyant sur le bouton café chaud, il s’assit à la table de cuisine et en sortit une petite boîte jaune d’excellent tabac à priser Dean Swift. Il renifla énergiquement et le mélange Beau Nash lui picota le nez et lui embrasa le palais. Il renifla quand même, ça le réveillait et cela permettait à ses rêves, à ses désirs nocturnes, à ses souhaits fortuits de se cristalliser en un semblant de cohérence.
« J’irai, se dit-il. Je verrai Mars avant de mourir. »

C’était impossible, bien sûr, et il le savait pertinemment alors même qu’il rêvait. Pourtant, la lumière du jour, le bruit si banal de sa femme qui à présent se brossait les cheveux devant le miroir de a chambre à coucher… tout conspirait à lui rappeler ce qu’il était. « Un minable petit congés payés », se dit-il amèrement. Kirsten le lui rappelait au moins une fois par jour et il ne lui en voulait pas ; c’était le rôle d’une femme que de remettre les pieds sur terre à son mari. « Les pieds sur terre », pensa-t-il et il se mit à rire. L’expression, en l’occurrence, était parfaitement appropriée.

« Qu’est-ce qui te fait ricaner ? demanda sa femme en pénétrant dans la cuisine, son long peignoir rose baiser balayant le sol derrière elle. Un rêve, je parie ; tu en as toujours la tête farcie.
— Oui », admit-il, et il porta son regard par la fenêtre de la cuisine sur les hovercars, les couloirs de circulation, et toutes ces petites personnes pleines d’entrain qui se pressaient vers leur travail. Bientôt il serait parmi eux, comme toujours.

« Je parie qu’il s’agit d’une femme, lança Kirsten avec mépris.
— Non, répliqua-t-il, d’un dieu. Le dieu de la guerre. Il a des cratères magnifiques dans le fond desquels poussent toutes sortes de végétaux.

— Écoute-moi. » Kirsten s’accroupit à côté de lui et lui parla sérieusement, sa voix perdant momentanément son ton revêche. « Le fond de l’océan – notre océan – est beaucoup plus, infiniment plus beau. Tu le sais bien, tout le monde sait cela. Tu n’as qu’à louer des équipements de branchies artificielles pour nous deux, prendre une semaine de congé et nous pourrons aller vivre là en bas dans une de ces stations subaquatiques ouvertes toute l’année. Et en plus…» Elle s’interrompit. « Tu ne m’écoutes pas. Tu devrais pourtant ! Je te parle de quelque chose qui vaut mille fois mieux que cette idée fixe, cette obsession que tu as pour Mars, et tu n’écoutes même pas ! » Sa voix se fit perçante. « Bonté divine ! tu files un mauvais coton, Doug ! Que va-t-il t’arriver ?
— Je vais aller travailler, répondit-il en se levant, voilà ce qui va m’arriver. »

Elle le dévisagea. « Tu empires ; chaque jour tu es un peu plus détraqué. Où cela va-t-il donc mener ?
— Sur Mars », déclara-t-il, puis il ouvrit la porte du placard afin d’y prendre une chemise pour aller travailler.

*

ImageImageImage

La révision et l’harmonisation de Hélène Collomb de 2000 pour DENOEL & GALLIMARD FR

SOUVENIRS GARANTIS, PRIX RAISONNABLES
de Philip K. Dick

IL se réveilla et eut envie de Mars. Les vallées, songea-t-il ; quel effet cela lui ferait-il d’en fouler le sol ? Ce devait être merveilleux. Et ce qui l’était plus encore c’était que le rêve se développait au fur et à mesure qu’il reprenait conscience. Le rêve et le désir ardent. Il pouvait presque sentir la présence enveloppante de l’autre monde que seuls les représentants du gouvernement et les personnages officiels avaient pu voir. Un petit fonctionnaire comme lui ? Il y avait peu de chance.

« Tu te lèves, oui ou non ? demanda Kirsten, sa femme, d’une voix ensommeillée où pointait sa virulente et coutumière mauvaise humeur. Quand tu seras debout, appuie sur le bouton café chaud de cette fichue cuisinière.
— Okay », répondit Douglas Quail, et, pieds nus, il se rendit de la chambre à coucher de leur conapt à la cuisine. Là, après s’être exécuté en appuyant sur le bouton café chaud, il s’assit à la table de cuisine et en sortit une petite boîte jaune d’excellent tabac à priser Dean Swift. Il renifla énergiquement et le mélange Beau Nash lui picota le nez et lui embrasa le palais. Il renifla quand même, ça le réveillait et cela permettait à ses rêves, à ses désirs nocturnes, à ses souhaits fortuits de se cristalliser en un semblant de cohérence.
« J’irai, se dit-il. Je verrai Mars avant de mourir. »

C’était impossible, bien sûr, et il le savait pertinemment alors même qu’il rêvait. Pourtant, la lumière du jour, le bruit si banal de sa femme qui à présent se brossait les cheveux devant le miroir de a chambre à coucher… tout conspirait à lui rappeler ce qu’il était. « Un minable petit congés payés », se dit-il amèrement. Kirsten le lui rappelait au moins une fois par jour et il ne lui en voulait pas ; c’était le rôle d’une femme que de remettre les pieds sur terre à son mari. « Les pieds sur terre », pensa-t-il et il se mit à rire. L’expression, en l’occurrence, était parfaitement appropriée.

« Qu’est-ce qui te fait ricaner ? demanda sa femme en pénétrant dans la cuisine, son long peignoir rose baiser balayant le sol derrière elle. Un rêve, je parie ; tu en as toujours la tête farcie.
— Oui », admit-il, et il porta son regard par la fenêtre de la cuisine sur les hovercars, les couloirs de circulation, et toutes ces petites personnes pleines d’entrain qui se pressaient vers leur travail. Bientôt il serait parmi eux, comme toujours.
« Je parie qu’il s’agit d’une femme, lança Kirsten avec mépris.
— Non, répliqua-t-il, d’un dieu. Le dieu de la guerre. Il a des cratères magnifiques dans le fond desquels poussent toutes sortes de végétaux.

— Écoute-moi. » Kirsten s’accroupit à côté de lui et lui parla sérieusement, sa voix perdant momentanément son ton revêche. « Le fond de l’océan – notre océan – est beaucoup plus, infiniment plus beau. Tu le sais bien, tout le monde sait cela. Tu n’as qu’à louer des équipements de branchies artificielles pour nous deux, prendre une semaine de congé et nous pourrons aller vivre là en bas dans une de ces stations subaquatiques ouvertes toute l’année. Et en plus…» Elle s’interrompit. « Tu ne m’écoutes pas. Tu devrais pourtant ! Je te parle de quelque chose qui vaut mille fois mieux que cette idée fixe, cette obsession que tu as pour Mars, et tu n’écoutes même pas ! » Sa voix se fit perçante. « Bonté divine ! tu files un mauvais coton, Doug ! Que va-t-il t’arriver ?
— Je vais aller travailler, répondit-il en se levant, voilà ce qui va m’arriver. »

Elle le dévisagea. « Tu empires ; chaque jour tu es un peu plus détraqué. Où cela va-t-il donc mener ?
— Sur Mars », déclara-t-il, puis il ouvrit la porte du placard afin d’y prendre une chemise pour aller travailler.

***

Ici la page du forum Philippe-ebly.fr consacrée à cette nouvelle.

***